Jour 21 : Trésor

    Il y a des jours, tu te dis que la vie ne fait pas de cadeaux. Tu te dis que le sort s’acharne. Tu te dis qu’il ne t’offre pas de repos, ou seulement des pauses trop courtes à ton goût. Tu te dis que tu n’as vraiment pas de chances. Tu te dis que tu n’as pas ta place. Tu te dis que même l’inspiration se lasse.

 

    Mais tu te dis aussi que demain, les choses iront mieux. Que le meilleur reste à venir. Tu rêves l’avenir. Tu prévois de bons moments. Tu souris de ce qui arrivera. Le flou qui t’angoisse, tu prends une gomme pour l’avancer. Tu redessines des traits plus fins et appliqués. Tu colories ta propre future réalité.

 

    On dit que tu es rêveur et optimiste. Tu es simplement poète. Tu crois en l’avenir. Tu crois que de simples mots peuvent changer les choses. Un simple compliment par exemple. Tu te souviens de ce jeune homme. De cet ami gêné à l’écoute d’une simple phrase. Ses yeux brillaient, ils étincelaient, ils scintillaient, ils étaient comme deux étoiles au milieu d’un visage. Tu ne pouvais pas rien dire. Alors tu lui as dit. Sans retenue. Avec franchise. Tu te souviens de son sourire, cela te fait toujours sourire. Un brin de couleur sur la toile des souvenirs.

 

    Tu te rappelles de ce moment. Ou plutôt ces moments de complicité avec un être cher. Une larme à l’œil rien que d’y penser. Une larme de joie et de nostalgie. Tu passes ses mots comme une musique. Tu revois les images comme un film. L’image d’un Noël en famille. L’odeur de la cheminée. Les paroles dans les airs. D’image en image. De Noël en Noël. Tu revois celui de l’année passée. Une personne manquant à la table. Mais bien présente dans les cœurs. Des voix qui s’unissent sur des chansons souvenirs. Une autre couleur qui s’ajoute aux autres.

 

    Tu te souviens des rencontres. Des retrouvailles. Et des au revoir. Tu te rappelles, de cette amie dans les bras de laquelle tu as couru. Tu te remémores les larmes versées à l’aéroport. L’instant où une amitié virtuelle devient réelle. Celui où les bras s’enlacent. Tu repenses aux câlins échangés. À ce partage. Certains plus marquants que d’autres. Le moment où les auras se rencontrent. Celui où les chemins se séparent. Des mélodies qui se créent et se transforment. De nouvelles couleurs sur la toile.

 

    Tu replonges dans ces moments de partage. De cette fois, où vous marchiez en ne suivant que les rues les moins peuplées pour ne pas avoir à faire un choix. Ou de ces jours, où chanter des chansons de l’enfance sur le chemin parmi les passants était devenu une bonne idée. De ces instants où l’enfant avait repris le pas sur l’adulte. De moment où malgré le stress du monde, tu as invité une personne à danser parmi la foule. Mais aussi de toutes ces chamailleries avec la petite sœur. De tout ce temps passé avec les animaux. Que de couleurs sur le tableau !

 

    Les couleurs dansent. Elles filent dans tous les sens. La toile de la vie se ternit parfois. Les fioles des souvenirs aident alors à la recolorer. Elles permettent de cacher ce gris. Elles sont la richesse de la vie.

Jour 19 & 20 : Fronde et Marcher

    Sans qu’il s’en rende compte, le jeune draganir commençait à changer. Ses ailes aux reflets or symbole des non-Manifestations prirent une teinte blanche avec des reflets bleu pâle. À ses pieds, le sol asséché se couvrit d’une fine couche de givre. Son cœur fusionna avec la glace. Ses yeux devinrent verts comme ceux de tous les adultes ayant eu leur magie. Arkangis prit alors une inspiration. Son corps se refroidit de nouveau. Il aimait cette sensation. Alors, quand il souffla un nuage de givre ses yeux s’écarquillèrent. Il avait réussi. Il avait eu sa Manifestation. Il avait échoué. Il n’avait pas eu LA Manifestation.

 

    Il ne se rendait pas compte sur le coup du changement. Il se sentait juste lui-même. Il aimait ce qu’il ressentait au fond de lui. Il savait qu’il venait de trouver sa place. Il venait de se trouver lui. Il savait qui il était. Il comprenait maintenant pourquoi les entraînements ne marchaient pas. Il allait contre sa nature depuis le début. Depuis tout petit, il le savait. Depuis enfant, on le dirigeait vers le feu et les flammes. Mais depuis des années, il préférait le froid de l’hiver aux volcans d’été. Il se forçait à aimer quelque chose qui n’était pas lui. Il portait un masque qu’il essayait de faire sien. Il se battait intérieurement.

 

    Le masque était tombé. Le combat était terminé. Le cœur avait gagné. La passion avait gagné. Arkangis ne pouvait plus se cacher.

 

    Il ne pouvait plus se cacher.

 

    Il ne put pas se cacher quand son oncle revint à la maison. Il ne pouvait pas faire comme si rien ne s’était passé quand il vit le dégoût et la tristesse dans ses yeux. Il ne put rien dire avant d’être chassé de la maison ses affaires en partie brûlées sur le coup des sentiments, par cet homme de sa famille. Il baissa la tête en rentrant chez ses parents. Il ne dit mot quand sa mère pleura. Il ne cilla pas quand son père le jeta à la rue. Il ne se retourna pas sous les regards de peur et d’incompréhension. Il tenta d’ignorer les regards de haine et de mépris. Il franchit les frontières, lui le meilleur élève de l’académie.

 

    Il marchait sans but. Il avançait sans savoir où aller. Il errait dans la nature. Il ne se rendait pas encore compte des événements récents. Tout c’était passé si vite. Les larmes à ses yeux n’avèrent même pas eu le temps de glisser jusqu’au sol. Tout était si flou. Les mots n’arrivèrent à ses oreilles que durant le trajet. Les voix tournèrent en boucle. Les paroles attaquaient sans cesse. Il les entendait. Il n’entendait qu’eux. Il ne voulait pas. Cela tournait. Il cherchait à s’en débarrasser.

 

    Ses pas se faisaient plus fort. Comme si le son des pas pouvait couvrir les échos. Comme si cela aiderait ces images et ces mots à repartir. Il ferma les poings. Il continuait son chemin. Il serra les poings. Il regardait devant lui. Il gela le sol qu’il touchait. Le givre commençait à le recouvrir. Ses ailes se glaçaient. Et dans sa gorge, quelque chose ne demandait qu’à sortir. Il se retient jusqu’à arriver devant un grand rocher. Il se contenait. Il ne pouvait plus.

 

    Le poing partit. La rage partit. La douleur partit. Le cri partit. Un trou dans la roche. De la glace tout autour. Des pics de glace sortaient et entraient en même temps dans la pierre. Le givre entourait la main. La neige tombait sur la scène. De fins pics de glaces tombaient sur le sol. Les larmes se changeant au contact de la peau glaciale. Arkangis s’assit ou plutôt glissa sur le sol. Il se laissa envelopper par la glace. Il se laissa bercer par le froid. Il pleurait. Il se rendait maintenant compte qu’il était seul. Différent et seul.

 

    Tandis qu’il se renfermait, une silhouette s’approcha. Elle l’observait depuis un moment. Elle était discrète. Elle ne voulait pas se faire remarquer. Mais elle sentait qu’elle devait venir. Elle sentait que c’était à elle de l’aider. Elle s’avançait à petits pas du cocon de givre qui se formait doucement. Elle hésita. Puis elle posa sa main sur l’épaule du jeune draganir. Elle avait traversé la protection de froid sans un mot. Il leva les yeux vers elle. Mais qui était-elle ?

Jour 18 : Inadaptée

    Trop petite. Pour attraper certains objets. Pour être visible par certaines personnes. Taille empêchant de faire ce que bon te semble. Taille support pour plusieurs blagues en tout genre. Mains minuscules à côté de certaines. Mais, mains bien agiles quand il s’agit de jouer avec le papier. Taille parfaite dans certaines situations. Un concentré de dynamisme et d’optimisme.

 

    Trop optimiste. Pour ne pas idéaliser les choses. Pour s’épanouir dans la réalité. Caractéristique bien ancrée en toi. Tu vois les choses du bon côté. Baloo serait fière de toi, mais pas forcément les personnes qui t’entourent. Optimisme réaliste et encourageant. Tu crois et tu espères que le meilleur arrivera demain. Tu crois en l’arc-en-ciel après la tempête. Optimisme parfois rêveur.

 

    Trop rêveur. Pour suivre une conversation. Pour comprendre les choses. Atout et défaut à la fois. Tu imagines toutes les situations rapidement. Tu privilégies souvent les positives. Tu espères le positif. Tu essayes de vivre tes rêves, mais les cauchemars hantent la vie autant que les rêves. Tu lances des couleurs pour les repousser. Tu rêves avec amour et bonté.

 

    Trop de bonté. Pour voir le mal. Pour ne pas se faire avoir. Bienveillance toujours présente. Tu donnerais ta chemise pour aider un ami qui a froid. Tu ouvres grand les bras et le cœur pour réconforter les âmes tristes. Tu absorbes et tu donnes à la fois. Transfert à l’équilibre fragile. Tu attrapes le moins pour renvoyer du plus. Bonté attachée à une certaine sensibilité.

 

    Trop sensible. Pour avancer dans la vie. Pour s’en sortir toute seule. Sensibilité te définissant. Tu es sensible à tout. Aux émotions. Aux sens. Tu vis pleinement. Tu ressens pleinement. Tout ou rien. Parfois trop pour certains. Tu pleures comme tu ris. Un sourire toujours sincère. Des larmes jamais pour un rien. Un cœur qui s’attache. Un cœur qui vibre. Sensibilité parfois fragile

 

    Trop fragile. Pour affronter les événements. Pour vivre pour soi. Fragilité ou sensibilité. La corde est fine. Ta santé fait des siennes parfois. La fatigue souvent de la partie. Mais, fragile pour autant ? Personne à protéger pour certains. Personne forte à l’intérieur pour qui s’attarde pour le voir. Fragilité comme une facette. Une partie de soi-même.

 

    Trop… Non !

 

    Juste être soi-même. Juste être, à la fois, pas très grande, optimiste, rêveuse, bienveillante, sensible, fragile, incohérente, paradoxale, vive, timide, introvertie, rigoureuse, créative, passionnée, appliqué, maladroite, impatiente, câline, innocente, enfantine, sérieuse, mature, gourmande, têtue, tête en l’air… Être tout cela à la fois. Être tout simplement unique et différente. Être soi en oubliant les masques. Tu es toi avec tout ce qui te rend encore plus toi.

Jour 17 : Ornement

    Un trait noir. Comme le début d’un dessin. La toile est blanche. Elle ne le restera pas longtemps. Un second trait rejoint le premier. Suivi d’un autre et d’un suivant. Tout cela s’enchaîne sans même avoir le temps d’y penser. Se fier à un modèle. Se dire que cela devrait ressembler. Faire confiance aux traits. Ils encrent doucement le canevas. Ils vont à leur rythme.

 

    Tu les regardes se former. Tu vois la plume danser. Tu observes la main la diriger. Tu es attentive. Tu ne veux en perdre une miette. Tu es trop curieuse. Mais quand le regard croise celui de l’artiste, il dévie. Tu ne veux pas gêner. Tu essayes de ne pas trop regarder. Mais la curiosité trop présente. Tu es attentive.

 

    Tu vis avec les traits ancrés. Une histoire se dessine. Un être se forme. Il se transforme. De simple trait en gardien. Tu ne bouges plus. Comme si le moindre souffle perturberait l’équilibre du motif. Comme si le moindre mouvement changerait tout. Tu es impatiente. Mais tu te retiens de le montrer. Un tracé important en cours d’exécution.

 

    Tu serres les dents. Tu le sens. Cela commence à arriver. La douleur. Tu essayes de l’ignorer. Tu lances un regard sur les environs. Tu détailles la pièce. Tu portes ton attention sur autre chose comme pour oublier l’espace d’un instant ce qui se passe vraiment. Tu sens l’outil. Tu ressens les choses. Tu sais à peu près ce qui se dessine en l’instant.

 

    Les derniers traits. Derniers coups d’aiguilles. Dernières gouttes d’encre. Les plus difficiles. Les plus douloureuses. Tu serres les poings. Tu t’empêches de bouger. Tu ne dis aucun mot. Tu patientes. Tu comptes les secondes. Les pics de douleurs de plus en plus réguliers. Tu sursautes un peu. Tu ne peux le contrôler. Aller c’est bientôt terminé.

 

    Te voilà avec un nouvel animal d’encre et de papier sur le tableau de ton corps. La toile est douloureuse au toucher. Elle mettra du temps à se réparer. Malgré tout, tu ne peux t’empêcher de sourire. Un nouveau petit gardien est là.

Jour 16 : Sauvage

    Tu pousses la porte. Tu entres dans ce lieu trop peuplé. Noir de monde, il ne reste plus beaucoup d’espace. Mais tu t’avances tout de même. Tu ne réfléchis pas vraiment. Tu te frayes un chemin parmi les personnes. Tu te glisses. Tu sais où aller. Tes jambes le savent. Ta tête ne le sait pas encore. Cependant, ton cœur en est certain. Il faut que tu ailles par là.

 

    À chaque pas, ta tenue change un peu plus. Tu ne sais pas si cela est de la magie. Ou alors tu ne te souvenais plus de ta tenue. Tu essayes de te convaincre que la première option n’est pas réalisable. Et te voici vêtue d’une chemise d’un blanc éclatant et d’un pantalon aux chaines qui tintent en rythme avec tes mouvements. Tes pas s’alourdissent quand des chaussures aux allures cavalières remplacent tes baskets.

 

    Tu n’as pas le temps de t’y attarder. Tu es emportée dans une danse. Puis une autre et te revoilà, corset bien en place sur ton buste te mettant en valeur. Il semble manquer quelque chose. Tu ne sais quoi. Tu continues ta route sans y faire attention. C’est alors que sur ta tête se déposa un haut de forme. Une décoration de plus à chaque personne croisée. Changement de lunettes imposé.

 

    Tu es maintenant fin prête. Tu es fin toi. Dos droit, tu t’élances. Tu attrapes une main pour l’emmener dans la danse. Danse ou combat tu ne sais pas. Une sorte de jeu à qui domptera l’autre. Une lutte musicale de force et d’adresse. Tu as un sourire en coin. Partenaire qui s’amuse. Tu te méfies des ruses. Tu tournes. Tu te prends au jeu.

 

    Jeu du chat et de la souris dont les rôles s’inversent sans cesse. Tu en oublies le monde autour. Il n’existe plus dans l’instant présent. Il n’y a que vous. Vous et la musique. Vous et votre combat. Tu ne veux pas laisser l’avantage. Tu profites d’une ouverture. Tu glisses sur le côté. La dernière note va arriver. Un penché doucement amené. Un doux baiser volé.

 

    Tu te redresses. Tu t’échappes. Tu te glisses dans la foule. Tu disparais parmi elle. Tu voulais jouer encore un peu. Et si nous jouons à cache-cache maintenant ?

Jour 15 : Légende

    Tu t’avances. Timide. Tu l’observes. Caché. Elle semble t’appeler. Elle te demande de t’approcher. Tu hésites. Elle t’intrigue. Tu fais un pas. Elle te parle. Tu n’es plus très loin. Elle t’attire. Tu la touches presque. Elle ne bouge pas. Tu l’effleures du bout des doigts. Elle t’hypnotise un peu plus. Tu passes ta main sur le tissu. Elle t’ouvre ses portes.

 

    Une main sur le rebord. Tu te tiens. Tu ne sais ce qui t’attend de l’autre côté, mais tu y vas. Curieuse. Tu ne peux t’en empêcher. Tu franchis la ligne. Tu marches sur le sentier défendu. Tu vois la lumière au bout. Tu cours pour la rejoindre. Une nouvelle porte. Tu entoures la poignée de tes doigts. Tu tournes doucement. Et un monde magique se dévoile alors à tes yeux.

 

    Une plaine aux mille merveilles. Tu vois dans les airs, des livres volés tels des papillons de savoirs. Et leur mélodie n’est autre que la lecture de leurs textes. Tu aimerais t’attarder près d’eux et les écouter chanter un à un jusqu’à ce que le sommeil t’emporte. Mais une nouvelle chose attire ton attention. Une grande piste de danse. Tu commences alors à faire quelques pas.

 

    La musique sort du sol et de partout à la fois. Elle suit tes pas. Ou tu la suis. Tu ne sais plus qui a commencé. Mais cette scène semble être un instrument à part entière. Tu tournes. Tu t’amuses. Les notes s’enchaînent. Elles s’envolent dans les airs. Elles tourbillonnent avec toi. Elles forment devant toi un être plein de mystères. Un être qui t’entraîne dans la danse, puis qui te laisse découvrir une nouvelle chose.

 

    Des couleurs. Tu vois les couleurs. Des formes de couleurs dont les mots ne seraient assez exacts pour les décrire. Tu les vois colorer le monde. Tu les vois faire sourire les personnes. Tu les observes se déplacer avec grâce. Chacune a son petit détail à elle. Mais toutes forment une entité. Elles se séparent aussi vite qu’elles se rejoignent. Tu les sens t’envelopper. Tu te sens bien. Comme si tu étais entourée par un câlin d’une aura bienveillante à la puissance inégalable.

 

    Tu te laisses porter. Tu te laisser bercer. Tu te sens bien. Comme si cet endroit était fait pour toi. Comme si ce lieu était le tien. Tu espères ne pas te réveiller. Mais une voix lointaine semble t’appeler. Tu fais alors le chemin inverse. Tu dis au revoir aux couleurs. Tu danses une dernière fois avec les notes. Tu feuillètes un petit papillon-livre. Tu souris. Tu sais que tu repasseras. Tu sais que tu n’as pas tout découvert. Mais il est l’heure de faire marche arrière.

 

    Tu sors alors du cadre pour entrer dans un nouveau. Tu t’éloignes pas à pas du tableau. Tu lui tournes le dos, difficile de dire au revoir. Mais en te retournant brièvement, tu peux apercevoir. Un petit encadré sous la toile. « Pays où les rêves se dévoilent ».

Jour 14 : Envahi

    Un, deux, trois. Trois sujets qui dansent. Trois chemins qui se croisent. Tu penses et tu repenses. Le flux est léger. Facile à gérer. Mais tu sais ce qui t’attend. Tu le sais, tu le ressens. Ils arrivent bientôt. Ils accélèrent le tempo.

 

    Quatre, six, huit. Huit pensées qui valsent. Huit routes siamoises. Elles sont là, devant toi. Tu ne sais que choisir. Ton cœur qui chavire. Les sentiments d’un côté. La logique peu exprimée. Déjà des nouveaux sur la piste. Ils arrivent à la suite.

 

    Dix, quinze, vingt. Vingt souvenirs qui jouent. Vingt allées de cailloux. Les pensées divaguent dans les vagues. Tout commence à se mélanger. Tu ne sais plus où aller. Comment arrêter la musique ? Tu perds la logique. Attention, un groupe en chemin. Suivi par quelques orphelins.

 

    Cinquante, soixante-quinze, cent. Cent moments qui se mélangent. Cent voies à contre sens. Tu ne contrôles plus rien. Tout vient et revient. Un tourbillon dans la tête. Ce n’est plus l’heure de la fête. Tu aimerais stopper cela. Tu aimerais bloquer cela. Toujours plus de pensées. Tu ne sais comment tu vas gérer.

 

    Trois cents, six cents, mille. Mille images qui se forment. Mille dessins qui se déforment. Tu en oublies l’origine. Tu la cherches, tu l’imagines. Tu tombes dans tes propres méandres. Tu n’arrives plus à te détendre. Tu ne vois aucune solution. Dansent les illusions. Tu n’alignes plus les mots. C’était la note de trop. Tu ne sais plus où aller. Tu ne sais plus comment danser.

 

    Danser peut-être une sortie. Tu danses alors sur la mélodie. Tu tentes de la discipliner. Tu essayes de la dompter. Tu ne fais qu’un avec elle. Elle t’englobe et t’ensorcelle. Tu la fais tienne. Elle se déchaîne. Tu la calmes, l’adoucis. Elle calme doucement sa folie. Les pensées sont toujours là. Mais tu les entends cette fois. Pas de cacophonie. Une voie unie.

 

    Un moment de relâchement. Un instant innocent. Te voici submergé. Te voilà encerclé. Mais si tu prends le temps. Alors tout doucement. Les choses se calmeront. Les pensées plus calmes reviendront.

Jour 12 & 13 : Dragon & Cendres

    Il était une fois, il y a bien longtemps, un royaume où vivaient des êtres magiques. Ces individus aux pouvoirs bien particuliers possédaient force et courage. Ils pouvaient braver n’importe quel danger et défendre leur contrée devant chaque envahisseur. Mais ces braves personnes n’avaient pas seulement les armes et leurs qualités comme attributs. En effet, cette race n’était pas des plus ordinaires. Les ailes dans leur dos pouvaient faire penser à des démons. Cependant, leur capacité à faire sortir le feu de leur bouche, les rendaient dignes héritiers de nobles dragons ayant peuplé la terre et les cieux des années avant eux. Les draganirs étaient nés, d’après la légende, de l’amour d’un roi dragon et d’une humaine. À l’époque de la légende, les êtres ailés possédaient une magie dépassant ce que pourraient penser les hommes. Notre histoire commence au sein du royaume des flammes, terre des draganirs, où naquit un petit du nom de Arkangis.

 

    Arkangis était un jeune draganir très vif et agile. Il aimait jouer avec ses camarades même s’il se montrait parfois timide et réservé. À l’école, il était des plus assidus et travailleur. Il était d’ailleurs le meilleur de sa classe malgré sa non-Manifestation. En effet, le petit n’avait pas encore sa magie assez développée pour cracher du feu. Cela inquiétait beaucoup ses parents et enseignants. Mais ce n’était pas cela qui allait arrêter notre héros. Il restait le plus fort et stratège de l’école. Il ne lui manquait plus que la Manifestation pour avoir son diplôme et accéder au poste de ses rêves.

 

    Comme pour accélérer les choses, il multiplia les exercices. Il s’entrainait tous les jours. Il répétait des dizaines de fois les exercices de ses professeurs. Sans relâche, il se renseignait sur des moyens de réveiller cette magie tant convoitée. À chaque fois qu’il échouait, il se relevait plus fort et plus déterminé. Il s’accrochait à l’espoir qu’un jour, une simple flammèche s’échappe de sa bouche. Un simple filet de fumée. Même juste un peu de cendre. Un rien pouvant se rapprocher d’une Manifestation draganique.

 

    Les vacances finirent par arriver. Arkangis décida de les passer chez son oncle. Un draganir très respecté et connu pour sa sagesse. Le jeune suivit les conseils de son aîné. Les jours de repos n’en étaient pas pour lui. Il s’agrippait si fort à son espoir que cela faisait de la peine au vieil homme. Ce dernier savait que passé un certain âge la Manifestation avait moins de chance apparaître et certains draganirs se retrouvaient alors sans pouvoirs, destitués de leurs titres et parfois raillés tellement qu’ils en fuyaient le royaume. Il ferait tout pour que son neveu réussisse même si au fond de lui l’espoir s’éteignait petit à petit.

 

    Un jour, alors qu’il s’exerçait, une sensation étrange le prit. Il avait chaud. Chaud au point que de la glace ne pourrait le refroidir. Tellement chaud que la lave ne lui ferait aucun effet. Si chaud que le sol sous ses pieds se brûlait. Il n’arrivait plus à bouger. Cela le prenait de l’intérieur et se rependait dans chaque parcelle de son être. Chaque cellule de son corps le brûlait. Chaque infime partie de son être le torturait. Il ne pouvait plus rien faire. Il était bloqué. Il ne pouvait crier. Sa gorge était bloquée. Son oncle parti pour récupérer des plantes ne pouvait pas l’aider. Il devait se concentrer. Il essaya d’ignorer la douleur. Il cherchait une solution pour passer outre.

 

    Il pensa alors au froid. À la pluie, à la neige, à la grêle, à la glace. Il ferma les yeux non sans mal et focalisa toutes ses forces sur cette pensée. Il essaya comme d’absorber tout ce qui pouvait lui apporter de la fraîcheur autour de lui d’une manière ou d’une autre. Il sentit quelque chose gonfler au fond de lui. Quelque chose grandir. Quelque chose recouvrir le feu qui le consumait et le rendait fou. Il s’apaisait de l’intérieur. Son corps était comme entrain de se refroidir alors qu’il brûlait quelques minutes auparavant. Il commençait à reprendre une température normale.

 

    Arkangis sentait que cela ne pouvait pas s’arrêter ainsi. Il aimait cette sensation de fraîcheur. Il en voulait plus. Il avait toujours préféré les baignades dans le lac à celles aux sources trop chaudes. Il aimait sentir l’hiver autour de lui. Il aimait sentir la neige contre sa peau. Le froid ne le dérangeait pas. Au contraire, il était dans son élément. Il se remémorait tout ces moments. Tous ces instants où il se sentait lui. Tous ces souvenirs dans lesquels il ne jouait pas le rôle du parfait élève. Tous ces entraînements à s’en brûler le corps. Toutes ces cicatrices à force de jongler avec le feu.

 

    Sans qu’il s’en rende compte, le jeune draganir commençait à changer. Ses ailes aux reflets or symbole des non-Manifestations prirent une teinte blanche avec des reflets bleu pâle. À ses pieds, le sol asséché se couvrit d’une fine couche de givre. Son cœur fusionna avec la glace. Ses yeux devinrent verts comme ceux de tous les adultes ayant eu leur magie. Arkangis prit alors une inspiration. Son corps se refroidit de nouveau. Il aimait cette sensation. Alors, quand il souffla un nuage de givre ses yeux s’écarquillèrent. Il avait réussi. Il avait eu sa Manifestation. Il avait échoué. Il n’avait pas eu LA Manifestation.

Jour 11 : Neige

    Tout est calme. Tout est doux. Tu marches tranquillement. Tu te promènes dans les rues. Tu te perds rapidement. Tu aimes découvrir. Tu aimes les surprises. Tu te trompes alors volontairement. Tu prends un chemin que tu ne connais pas. Tu avances à l’instinct.

 

    Un coup à droite. Un coup à gauche. Tu t’éloignes de la ville. Tu arrives dans un grand parc. Ou plutôt une forêt. Tu t’enfonces doucement dans son cœur. Tu suis les fleurs. Comme si elles t’indiquaient la route. Comme si elles voulaient que tu voies quelque chose.

 

    Au fur et à mesure, les paysages changent autour de toi. Les arbres bougent et se meuvent. Les plantes semblent chanter une mélodie. Du printemps à l’été, le soleil se fait plus fort. Les couleurs explosent autour de toi. Tu es submergée. Tu les vois t’entourer de tous les côtés. Un arc-en-ciel sur le sol. Un tourbillon multicolore dans les yeux. Tu hésites à t’arrêter, mais la curiosité en toi veut découvrir la suite.

 

    Les couleurs s’adoucissent. L’automne fait son apparition. Les feuilles se décrochent des arbres. Elles dansent. Elles valsent. Elles forment des personnages qui partagent un moment unique. Tu te surprends à les regarder. Tu te surprends à les envier. Tu as envie de les rejoindre. Juste quelques tours sous cette pluie de feuilles si douce. Mais tu es happée par la suite. Curiosité toujours de la partie.

 

    La teinte de la forêt change de nouveau. Les couleurs se font plus subtiles sous cette épaisse couche de blanc. Quelques touches de bleus. Quelques pétales qui résistent. Tu vois d’un coup les flocons rouler. Ils se rejoignent. Ils se fusionnent. Ils brillent. Ils tourbillonnent. Ils te fascinent. Tu les regardes faire. Tu les observes. Tu les regardes changer. Et devant bientôt, un être apparaît.

 

    Un chapeau arrivé de nulle part se pose délicatement sur la tête de l’individu irréel. Tu l’observes. Il te salue. Tu optes pour la légère courbette. Un rire amusé et timide derrière toi. Tu te retournes. Un être de fleurs, un autre de couleurs et le dernier de feuille. Tu ne saurais les genres. Ils t’entourent. Ils te sourient. Ils s’approchent.

 

    Tu te réveilles. Tu te demandes si cela était réel. À la vue des dessins sur ton carnet, tu continues de douter. À moins qu’un talent caché se réveille en toi quand le sommeil te tend les bras, ces coups de crayon ne sont pas les tiens. Cela restera un mystère, mais il est peut-être mieux ainsi. Trop occupé à regarder ta feuille, tu ne remarques pas par la fenêtre un petit flocon tombé en plein été.

Jour 10 : Motif

    Tourner. Virer. Chercher. Tu ne sais quoi écrire. Tu te dis que tu devrais lire. Mais tu n’as pas la motivation. Alors tu retournes te poser sur le canapé. Tu réfléchis de nouveau. Tu cherches une idée. Tu te dis qu’elle n’est pas bien loin. Elle te tend les bras.

 

    Tourner. Vriller. Danser. Tu ne sais quoi faire. Tu te dis que tu devrais te reposer. Mais tu n’as pas l’envie. Alors tu retournes danser sur la musique. Tu t’évades de nouveau. Tu attrapes une idée. Tu te dis que c’est possible. Elle t’agrippe le bras.

 

    Tourner. Parler. Bredouiller. Tu ne sais quoi dire. Tu te dis que tu devrais te taire. Mais tu n’as pas le courage. Alors tu retournes bégayer quelques mots. Tu te perds de nouveau. Tu oublies une idée. Tu te dis qu’elle ne reviendra pas. Elle est loin des bras.

 

    Tourner. Avancer. Reculer. Tu ne sais quoi bouger. Tu te dis que tu devrais courir. Mais tu n’as pas l’énergie. Alors tu retournes t’assoir au milieu du chemin. Tu t’endors de nouveau. Tu rêves d’une idée. Tu te dis qu’elle est là. Elle t’ouvre les bras.

 

    Tourner. Boucler. Bloquer. Tu ne sais quoi penser. Tu te dis que tu devrais arrêter. Mais tu n’as pas l’inspiration. Alors tu retournes manger un morceau. Tu tournes de nouveau. Tu tiens une idée. Tu te dis qu’elle est écrite. Elle est dans tes bras.